#20 - on se voit à Montreuil ? ou à Strasbourg ?
Cette année sera mon 6e Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil (SLPJ) en tant que professionnelle du livre jeunesse ! Vous pourrez me retrouver sur le stand d’On ne compte pas pour du beurre, vous pourrez aussi m’écouter dans le cadre des webinaires professionnels ! Chercheureuses, éditeurices, auteurices reviendront sur leurs pratiques professionnelles, certain-es sur leurs démarches inclusives. En ce qui me concerne, je parlerai bien sûr de la collection J’aimerais t’y voir avec Elsa Kedadouche, directrice éditoriale d’On ne compte pas pour du beurre.
Je n’y serai malheureusement pas le samedi 30 novembre, mais c’est pour la bonne cause : j’ai été invitée à participer à une table-ronde sur la littérature jeunesse dans le cadre des Assises européennes de lutte contre les violences faites aux femmes organisées par la ville de Strasbourg ! J’aurai le plaisir d’y intervenir avec Pénélope Bagieu. Le programme complet sera bientôt disponible ici.
Beau mois de novembre à toutes et tous 🌟
En librairie
François Goupil, Chevaleresse, Sarbacane.
Vous connaissez peut-être les livres-jeux d’hélium avec Chevalier Courage et Princesse Attaque. Ici, nous avons Chevaleresse. Il s’agit d’un cherche et trouve classique, où l’enfant doit aider Anna à trouver des objets, des ennemis, de la nourriture, un toutou, un cheval, vaincre des dragons, des monstres et gagner un tournoi. A la fin, elle sera adoubée Chevaleresse. A aucun moment le fait qu’elle soit une femme n’est un sujet. A l’intérieur de l’album, le fait que ça soit une femme adoubée ne provoque ni questionnement ni réaction.
Nathalie Thual & Amélie Videlo, Bonjour, monsieur Bobine, Didier jeunesse.
Cet album à flaps suit la journée d’un petit garçon noir dans sa boutique de couture. Sa maman, noire elle aussi, lui passe commande contre quelques petits trésors. A la fin, grande révélation : c’était pour réparer son doudou que la maman avait besoin de tout ça. Le petit garçon sert son doudou dans ses bras et remercie sa maman.
On voit un petit garçon noir jouer à la marchande sans que ça pose question, on le voit chez lui, dans le jeu, avec une adulte présente. Voir un enfant non blanc dans un espace privé est rare en littérature, montrer les relations qu’il peut nouer avec ses proches encore plus. En plus, il joue à un jeu considéré comme féminin sans que ça pose question, tiercé gagnant.
Houyem Rebai & Amina Bouajila, Le musée mal rangé, Shed publishing.
Après le flamboyant Tout est si brillant, la team Shed publishing revient avec un nouvel album jeunesse : Le musée mal rangé. Le petit Adnan aime jouer, bien sûr, mais il aime encore plus ranger - spectre autistique, peut-être ? - que ça soit à la maison ou à l’école, il est connu pour ça. Ce matin-là, sa classe va au musée ! Le musée Grandiose des brillantes personnalités qui ont grandement compté dans la grande histoire de l’humanité ! On voit une longue ligne de portraits, dont un qu’Adnan est en train de décrocher. Pourquoi ? Il était persuadé qu’il n’était pas à sa place ! En effet, il s’agit du seul portrait d’une personnalité non blanche (Abdelkader ibn Muhieddine, résistant algérien). Toute la classe se met à regarder la galerie et réalise qu’Adnan a raison. Est-ce qu’il existerait des personnalités importantes qui ne seraient pas blanches ? Et qui seraient aussi des filles ? demandent les enfants à la maîtresse. Les enfants remettent en question une institution et la maîtresse… admet qu’elle ne sait pas. Le lendemain, en classe, la maîtresse dit avoir fait des recherches, avoir trouvé des personnalités brillantes de toutes les couleurs, (…) de tous les âges et dans tous les pays. Bien déterminée à réparer cette invisibilisation injuste, la classe toute entière se met à faire des recherches pour créer leur propre galerie de portraits : Baya, Ahed Tamimi, les femmes de chambre de l’hôtel Ibis des Batignolles, Claudia Jones, etc. L’album se finit sur la classe entière, fière d’avoir contribuer à ne pas oublier ce que d’autres avant avaient fait pour le bien de l’Humanité.
Cet album aborde la question de l’invisibilisation des personnes non blanches et des luttes sociales au sein des institutions, à hauteur d’enfants. Il le fait en mettant les enfants dans la position de celles et ceux qui agissent pour plus de justice sociale et l’adulte dans la position de celui qui facilite et accompagne l’action de l’enfant. Je le note parce qu’il est encore rare en littérature jeunesse qu’on laisse aux enfants, même de papier, leur agentivité. A la fin de l’album, on fait référence à plusieurs initiatives réelles, similaires à celle de la classe d’Adnan, un peu partout dans le monde.
Dans la vraie vie, l’autrice, Houyem Rebai, est aussi professeure des écoles. Elle a notamment produit un podcast avec ses élèves, des élèves bénéficiant du dispositif ULIS, pour lever le stigmate sur la dyslexie. A écouter ici.
D’après une histoire de Tove Jansson, Cecilia Davidsson, Alex Haridi & Maya Jönsson, traduit par Catherine Renaud, Tovla et Vivla dans la vallée des Moomins, Cambourakis.
Saviez-vous que Tove Jansson, la maman des Moomins, était bisexuelle ? Saviez-vous que la première femme dont elle est tombée amoureuse s’appelait… Vivica ?
Tovla et Vivla sont deux personnages féminins, en fuite, voyageant avec une mystérieuse valise. Qu’est-ce qu’elles transportent ? C’est un secret ! Un secret qui ne leur appartienne qu’à elles, comme le langage qu’elles ont créé. Le secret finit par être révélé : la valise contient le plus beau rubis du royaume, celui du roi.
Est-ce qu’il s’agit d’un album jeunesse lesbien ? Le récit pourrait être lu au premier degré : deux voleuses ayant un butin à cacher. On peut aussi y lire deux femmes qui inventent leur propre langage pour partager et protéger quelque chose de précieux et en danger. Ce qui est sûr, c’est que Tove Jansson a raconté son histoire d’amour à l’intérieur de son univers littéraire. Alors que Tove aurait voulu crier son amour au monde, Vivica, mariée à un homme qu’elle ne comptait pas quitter, tenait à ce que leur histoire reste discrète. Les noms des personnages sont les surnoms que se donnaient les deux femmes et le langage des Tovla et Vivla de papier était celui que les amantes utilisaient dans leur correspondance.
Si vous êtes intéressé-es par l’œuvre de Tove Jansson et ses thèmes queers, il existe un article en trois parties à ce sujet sur le site officiel des Moomins. Spoiler alert, Vivla n’est pas la seule amante de Tove à avoir eu droit à son personnage…
On lit quoi ?
Éduquer à la sexualité, dirigé par Anne-Cécile Bégot (LIRTES, UPEC) et Philippe Portier (EPHE) aux éditions esf.
Le dernier numéro des Cahiers pédagogiques sur les racismes et l’école, coordonné par Françoise Lorcerie (CNRS) et Francine Nyambek-Mebenga (LIRTES, UPEC).
Toujours de l’équipe LIRTES (mon laboratoire 💓), Simon Massei signe son premier ouvrage aux éditions La Dispute : Discipliner les banlieues ? L’éducation à l’égalité des sexes dévoyée.





J’en parle depuis trois newsletter, il est enfin disponible en librairie : La domination oubliée - Politiser les rapports adulte-enfant de Tal Piterbraut-Merx aux éditions blast.
Et enfin, le dernier bébé de Gabrielle Richard (ancienne du LIRTES btw) : Protéger nos enfants. Vous la connaissez déjà sûrement pour Hétéro, l’école ? ou Faire famille autrement.
On écoute quoi ?
Le deuxième épisode du podcast “De la lavande entre les pages” avec des recommandations Halloween.
L’épisode “En quoi consiste le privilège blanc ?” de l’émission “8 milliards de voisins” de rfi avec Solène Brun, Kaoutar Harchi et Estelle Depris.
Solène Brun est aussi passée dans l’émission “La Suite dans les idées” de France Culture avec Jean-Paul Demoule et Claire Cosquer pour discuter de blanchité : “Pourquoi les Blancs sont mieux traités que les autres”.
La journée d’étude sur les médiathèques interculturelles organisée par l’Association des Bibliothécaires de France (ABF) et le Centre national de la littérature pour la jeunesse (CNLJ) a été enregistrée, le replay est disponible ici.
Sur l’internet
Le nouveau numéro de la revue en ligne En Marges ! sur les enseignements artistiques et les pédagogies alternatives.
Il était attendu. Le numéro sur l’album jeunesse de la revue littéraire Fabula-LhT, dirigé par Dominique Perrin et Cécile Boulaire, est en ligne. Au programme : historique de l’objet, réception, intertextualité, analyse du discours, des modalités narratives, sous-genre de l’album “en randonnée” et processus de classification ! Un numéro complet, pointu, qui est arrivé à ses fins : “mettre l’album pour enfants devant la théorie littéraire”.
L’étude de Florie Maurin sur la fantasy jeunesse de 2023 : tranches d’âge, personnages, auteurices, couvertures, titres, tout est passé au crible sous le prisme du genre !
Si vous ne l’avez pas encore lue, l’étude du CNL sur “Les jeunes Français et la lecture en 2024”. Que lisent les jeunes ? Lisent-ils encore ? Comment (papier, numérique, audio) ? Vous découvrirez tout sur les pratiques de lecture des jeunes Français !
C’est la saison des billets sur le blog de Laura Nsafou : “Le racisme et la santé mentale”, “Le racebending : enjeux et limites du concept”.
